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Julien Peron : « J’étais au fond de la classe avec les élèves un peu turbulents parce que j’étais différent. »

Julien Peron : « J’étais au fond de la classe avec les élèves un peu turbulents parce que j’étais différent. » Posted on 14 mai 2019


Les fans du Festival pour l’Ecole de la Vie connaissent bien son nom et son visage. Manquait le reste. L’histoire, autrement dit le chemin de vie, qui a mené Julien Peron à fonder ce Festival consacré à l’éducation qui réunit chaque année à Montpellier plusieurs milliers de personnes. Rencontre avec l’homme, où l’on parle d’intuition, de liberté, de créativité et bien sûr d’éducation.

 

Vous êtes chef d’entreprise dans le tourisme avec Neorizons Travel et le bien-être avec l’agence Neobienetre. En 2015, vous créez le Festival pour l’Ecole de la Vie. D’où vient votre intérêt pour l’éducation ? 

  En fait, c’est parti de rien. Avec mon réseau d’agences de voyage Neorizons, j’accompagne des groupes lors de séjours vélo, yoga et méditation. Nous faisons 50km de vélo par jour. Je m’entraînais dans le coin pour préparer mes jambes avant de partir, j’arrive sur la plage à la Grande-Motte et je trouve qu’il y a une belle image à prendre. Au moment où je prends la photo, j’ai comme un déclic. L’école que j’imaginais quand j’étais plus jeune refait soudain surface. Je suis dyslexique et dysorthographique. A l’époque, il n’y avait pas d’outils pour accompagner les enfants un peu différents dans leur façon d’apprendre. Je voyais tous mes amis avoir de bonnes notes pendant les dictées. Moi, les professeurs me rabaissaient en soulignant mes 50 fautes d’orthographe. Si je résume les commentaires sur mes bulletins de notes, c’était « Julien, la tête en l’air, Julien est souvent en train de regarder par la fenêtre, Julien n’est pas concentré ». J’étais au fond de la classe avec des élèves un peu turbulents parce que j’étais différent. Heureusement, je n’ai pas le sentiment d’avoir subi l’école parce que je suis devenu le clown de la classe. Je me suis plutôt amusé en réalité dans mon parcours scolaire en faisant le pitre. Mais pendant tout ce temps, j’ai imaginé un lieu dans lequel je me sentirai bien, dans lequel les gens me comprendraient dans ma différence. C’est cette école, celle dont je rêvais petit, qui a refait surface tout d’un coup.

Vous décidez de faire quelque chose de ce déclic…

Je reviens au bureau et j’écris un article sur l’école de mes rêves sur le site de Neo-Bienêtre. En trois mois, je reçois près de 600 e-mails de personnes soit qui me remercient d’avoir eu cette idée, soit qui me demandent comment ils peuvent participer au projet. Comme j’avais beaucoup de mal à répondre à tout le monde, j’ai lancé l’idée d’organiser un pique-nique pour qu’on se retrouve tous et qu’on essaie d’avancer dans l’idée de créer une école. A mesure qu’on communiquait sur l’évènement, des gens nous demandaient s’ils pouvaient poser leur stand, organiser une conférence. On n’y avait pas réfléchi mais on s’est débrouillés pour que cela soit possible. Nous avons passé une journée géniale avec ces 600 personnes qui étaient venues d’un peu partout en France. Comme nous étions sollicités par ceux qui n’avaient pas pu venir et que c’était beaucoup d’organisation pour une seule journée, nous sommes partis sur l’idée de transformer l’expérience du pique-nique en un Festival de trois jours. Et c’est comme ça que le Festival pour l’École de la vie a démarré en 2015. En une année, on est passés de 600 personnes à 9000 personnes sur le site du château de Flaugergues…

Cela devait être au départ un Festival pour fonder une école. Finalement, c’est devenu tout autre chose…  

Oui, au départ, on s’était dit que c’était une belle vitrine pour continuer la création de l’École de la Vie, d’où le nom donné au festival. Finalement, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un potentiel énorme de professionnels dédiés à l’univers de l’enfance et qu’il y avait un vrai parallèle à faire avec le monde des médecines alternatives. Résultat, au lieu de mettre en avant l’École de la Vie, nous avons décidé de mettre en lumière tout ce champ de potentialité existant dans l’idée de créer des ponts entre les gens et de faire avancer le système éducatif. Le festival est un vivier de gens qui partagent des valeurs communes, qui parfois exercent leur activité dans leur coin et découvrent par ce biais des collaborations possibles avec d’autres activités. Le Festival a aussi permis l’éclosion de 400 écoles depuis sa création.

Quelle est la vision de cette fameuse École de la vie dont vous rêvez ?

Pour résumer en quelques mots, c’est une école qui accompagne les enfants dans leur différence d’apprentissage. Quand j’étais enfant, j’allais souvent voir les professeurs en leur disant. « Vous nous faites croire qu’il n’y a qu’une seule façon de voir les choses alors qu’il existe plein de réalités différentes. » C’est comme en mathématiques par exemple, j’arrivais au même résultat mais je ne passais pas par le même chemin. Je me suis aperçu bien plus tard que c’était l’une des caractéristiques des dysorthographiques puisque que nous utilisons notre cerveau de manière différente. Nous sommes donc obligés de créer des ponts que les autres ne font pas. Mais à entendre les enseignants, il n’y avait qu’une seule méthode possible.

En plus de l’École de la vie, on mettrait en place un centre de formation pour les parents, un centre de formation pour les enseignants, un centre de formation pour le développement personnel. L’idée, c’est aussi d’être en pleine nature, sur un terrain qui nous permette de faire de la permaculture pour sensibiliser les enfants à la terre. La connexion à la nature, c’est fondamental.

L’idéal pour moi, ce n’est pas la multiplication des écoles alternatives, c’est que l’Éducation Nationale évolue. Montessori, ça fait quand même un siècle que ça existe, on pourrait intégrer cette pédagogie dans notre système scolaire. Ou au moins faire en sorte que les enseignants et les parents aient le choix.

Malheureusement les écoles alternatives coûtent une fortune. Et même si on arrive à faire baisser les frais de scolarité pour les parents, l’équation n’est pas résolue. Elles seront toujours réservées à une partie des parents qui auront entendu parler du projet et qui seront dans le coin. Donc c’est vraiment au sein de l’Éducation Nationale qu’il faut mettre de l’énergie. Il y a plein d’enseignants qui font beaucoup de choses extraordinaires mais on n’en parle assez.

Où en est le projet de création de l’école ?

Cela fait déjà 4 ans que j’en parle. Le projet avance. Je rencontre beaucoup de monde : des institutionnels, des personnes qui ont envie d’investir dans le projet, d’autres qui ont envie de s’investir à titre personnel comme des enseignants, des directeurs, des maçons, des architectes. Entre 300 et 400 personnes ont envie d’avancer dans la création de cette école. Quoiqu’il en soit, les graines sont semées. Je ne préfère pas donner de date d’ouverture parce que c’est un projet sur le long terme. Pour le moment, notre activité pluridisciplinaire avec le Festival, le Congrès en éducation et les agences ne nous permet pas de dégager du temps. J’ai aussi sorti deux films documentaires qui n’étaient pas prévus dans mon planning. Comme je fonctionne de manière intuitive, je mettrai de l’énergie dans le projet de création de l’école dès que je le sentirai.

Vous marchez beaucoup à l’intuition…

Toujours ! Il y a très peu de gens qui suivent leur intuition. Encore moins dans le monde de l’entreprise. Comme on ne nous éduque pas à cela, on ne nous apprend pas ce que c’est de suivre son intuition. Beaucoup de gens passent à côté de beaucoup de choses parce qu’ils ne s’écoutent pas. On a une faculté à sentir si c’est juste ou si c’est mauvais. Mais le plus souvent, on ne l’écoute pas. Par exemple, quand on fait du stop, on sent tout de suite si on a envie de monter dans la voiture…ou pas. C’est un peu ça l’intuition, et c’est valable pour tout. Si vous sentez un truc, il faut le faire. Si vous ne le sentez pas, c’est qu’il y a quelque chose qui n’est pas bon pour vous. On est dans une société où rien ne nous pousse à nous poser. L’une des clés pour suivre son intuition, c’est justement de se poser et de se poser plein de questions philosophiques régulièrement.

Est-ce que ces intuitions vous sont parvenues dans des moments de pleine conscience, de méditation ?

Pas du tout. Je pense que le canal intuitif est différent d’une personne à une autre. Donc je ne crois pas qu’il y ait de recette miracle. Personnellement, c’est quand j’ai des frissons. Pour d’autres, elle se manifeste à travers des signes. Le tronc commun, c’est cette information qui arrive mais qui dure si peu de temps, un millième de seconde peut-être, qu’il est très difficile de l’écouter. J’imagine que le secret c’est, avant tout, de s’occuper de soi. Pour moi, c’est très certainement la pratique du Kung Fu qui m’a permis d’être connecté à mon canal intuitif. Cet art martial m’a enseigné énormément de choses qui m’aident encore aujourd’hui, comme le respect de l’autre, le respect de soi, l’équilibre, la constance, la volonté, la persévérance. Les arts martiaux sont vraiment des écoles de la vie. Les personnes de mon entourage qui ont persévéré un peu dans un art martial sont souvent des chefs d’entreprise qui réussissent dans leur activité. On partage des valeurs communes, de la confiance. Ça peut venir d’un autre sport aussi, bien sûr. A partir du moment où on se passionne pour un sport, on est connecté à soi, à son corps et si on a la chance d’avoir un bon maître, il nous pousse au-delà de nos croyances limitantes.

Depuis 2003, vous avez fondé Neorizons Travel, l’agence Neo-Bienêtre, le Festival pour l’École de la Vie, le Congrès de l’innovation en éducation. Sans compter la réalisation des documentaires « C’est quoi le bonheur pour vous ?» et « l’École de la Vie, une génération pour tout changer ». Votre créativité semble sans limites…

Potentiellement, je pense qu’on est tous créatifs. Nous avons tous des idées, parfois de très bonnes idées. Malheureusement, il y en a très peu qui passent à l’action. En France, nous sommes très bons pour faire des réunions, des brainstormings, pour imaginer des choses mais quand il s’agit de passer à l’action, il n’y a plus personne. Ma différence, c’est que j’ai compris ça. Et j’ai cette faculté à mettre les choses en place dès que j’ai une idée. Il ne faut pas trop attendre. 

C’est ce qui s’est passé pour la création de votre agence Neorizons ?

 Tout à fait. A l’époque, j’étais à Paris et j’habitais dans une chambre de bonne de 10 mètres carrés, au 6ème étage sans ascenseur, comme beaucoup d’étudiants. A un moment donné, j’ai eu envie de créer une entreprise. J’étais chef de publicité d’une entreprise et j’avais réussi à déceler mes excellences. Je m’étais découvert bon en tant que communicant et commerçant, assez à l’aise avec les gens au téléphone pour les convaincre. Je me suis lancé dans un secteur d’activité que je ne connaissais pas, je n’avais pas de diplôme.  Mais j’avais une idée novatrice dans le monde du tourisme parce que personne n’était encore positionné sur le marché du tourisme écoresponsable à l’époque. J’ai lancé le concept en parallèle de mon activité professionnelle. Et puis, voyant l’intérêt des gens pour ce nouveau concept, j’ai quitté le salariat pour me lancer. J’avais 23 ans. J’ai créé Neo-Bienêtre un peu plus tard. Comme je faisais du Kung Fu depuis 14 ans, j’étais en lien avec un réseau de praticiens dans l’énergétique et les médecines douces. Ils m’avaient fait part de leur besoin de communiquer sur leurs évènements et stages. Je me suis dit pourquoi pas ? Et c’est comme ça qu’est née cette agence de communication dédiée aux thérapeutes.

Est-ce que vous avez d’autres projets en tête ?

Plein ! J’ai une liste de 17 projets. Mais, je ne suis pas pressé et suffisamment occupé pour le moment. Je pourrais aussi essayer de développer davantage mon entreprise.  Mais, j’ai envie de garder une certaine liberté. Et la liberté, il me semble que c’est quelque chose de fondamental dans notre épanouissement personnel. Je ne cours pas après l’argent, j’essaie juste que mon passage terrestre soit plutôt sympathique et puis surtout d’apporter quelque chose autour de moi. Si mon travail peut apporter quelque chose au bien commun, c’est l’idéal…

Le prochain Festival pour l’École de la vie aura lieu du 20 au 22 septembre 2019 à Montpellier. 
Pour en savoir plus :
https://www.festival-ecole-de-la-vie.fr

Et si vous avez envie d’en savoir plus sur sa démarche personnelle, je vous invite à regarder sa conférence TED
https://youtu.be/zcfOGNaIZtE